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SIMON GAUTHIER : À LA CONQUÊTE DU MONDE

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En l’espace d’une vingtaine d’années, Simon Gauthier a franchi les frontières du Québec pour partir à la conquête du monde. Le rencontrer relève presque du parcours du combattant : encore faut-il qu’il soit de passage au pays. Dans la jeune quarantaine — il est né en 1984 à Greenfield Park, sur la Rive-Sud de Montréal — Simon Gauthier est un communicateur hors pair, capable de mettre son interlocuteur à l’aise dès les premiers instants.

« Mon père, malheureusement décédé en 2009, était assembleur chez Bombardier, ma mère travaillait en comptabilité chez Bell Canada, et j’ai une sœur. Je ne viens donc pas d’un milieu particulièrement artistique, alors que le théâtre m’a attiré dès mon plus jeune âge », explique-t-il.

Aujourd’hui, Simon Gauthier est directeur créatif de Lumin-ART Productions, une entreprise qui a élevé la conception lumière pour événements et spectacles au rang d’excellence internationale. Aussi reconnue sur la scène mondiale que des géants comme le Cirque du Soleil ou Céline Dion, Lumin-ART incarne le savoir-faire québécois à son meilleur. Comme le souligne le site de l’entreprise, elle est devenue « un leader de la conception visuelle complexe, tant sur le plan artistique que technique. Ses projets créatifs d’envergure permettent de créer des atmosphères uniques et des expériences immersives, propres à chaque événement ».
Tout commence véritablement au cégep de Saint-Hyacinthe, où Simon étudie le théâtre et la production de 2001 à 2004, avant de compléter son parcours par un MBA à l’UQAM en 2006.

« Mes parents étaient très inquiets, se souvient-il. Ils craignaient que le choix d’une carrière artistique ne m’assure ni stabilité ni sécurité financière. Pourtant, ma fascination pour le spectacle — à neuf ans, je fabriquais déjà mon premier projecteur — ainsi que pour l’éclairage et la machinerie, ne m’a jamais quitté. »
Son esprit entrepreneurial se manifeste très tôt. À 17 ans, il fonde sa première entreprise dans le sous-sol de la maison familiale, où il présente des spectacles pour les voisins et amis à l’aide d’une machinerie qu’il invente lui-même. Habile de ses mains autant que créatif, Simon y construit même un véritable cyclorama. À 18 ans, pour une centaine de dollars, il enregistre officiellement sa première entreprise : Luminor. Avec des amis, il propose des concepts sur mesure à des associations et entreprises de la Rive-Sud — pour le web naissant, des galas, des spectacles et même des fêtes privées.

« À force de lectures, j’ai aussi acquis les bases nécessaires à la gestion d’une entreprise, poursuit-il. J’ai créé mon site web, mes cartes d’affaires, et je me suis lancé dans le démarchage. »
C’est également à cette période, autour de 17 ou 18 ans, que Simon fait son coming-out.

« La situation a été plutôt cocasse, raconte-t-il. Un soir, j’ai dit à ma mère que je sortais avec des amis au bar le Sky. Elle est allée voir sur Internet de quoi il s’agissait et a rapidement compris. Au début, elle s’en inquiétait beaucoup, mais j’ai pu inviter mes amis et mes premières relations à la maison. Mon père, lui, a exprimé son acceptation d’une manière très originale : nous n’en parlions jamais, et un jour, dans la voiture, il m’a simplement dit : “J’ai demandé à mes collègues d’arrêter de faire des jokes sur les gays.” »

Les succès ne tardent pas pour l’entrepreneur de la lumière. Certains se souviendront des mythiques soirées Black & Blue des années 2000, dans le cadre de la Fierté à Montréal : c’était lui. Et bien d’autres projets encore. En 2003, il fonde officiellement Lumin-ART Productions.

Son talent attire rapidement de grands noms : le Cirque Éloize, le Cirque du Soleil, Moment Factory, Montréal en Lumière, le Festival du monde arabe, Juste pour rire ou encore les Francofolies. À cela s’ajoute un rayonnement international remarquable, couronné en 2011 par le prix Arista – Jeune leader sans frontières du Québec, soulignant ses réalisations à l’étranger. Des Arènes de Vérone au Black Party de New York, en passant par la Corée, où il collabore notamment pour Madonna et Céline Dion, sans oublier Disney ou la France, les demandes affluent.

« Mettre de l’avant de nouvelles idées et de nouveaux concepts exige énormément de recherche et de curiosité, explique Simon. Il faut voir comment les choses se font ailleurs. Ma vie est à l’opposé d’une vie “normale” : décalages horaires constants, changements de culture fréquents… Cela ne favorise pas toujours une grande stabilité personnelle. Mais professionnellement, j’ai beaucoup travaillé dans le milieu LGBT, ici comme ailleurs, et la porte n’y est jamais fermée. »
Quelle est donc la clé d’un tel succès ?

« Je n’ai jamais dévié de ma route ni de mes objectifs, conclut-il. Il faut de la patience, de la persévérance et ne pas abandonner au premier échec. J’ai aussi pu compter sur mon cercle d’amis et, depuis le décès de mon père, sur le soutien indéfectible de ma mère. »

Nul doute que nous entendrons encore souvent parler, au détour d’une nouvelle internationale, de « l’homme qui s’est lancé à la conquête du monde ».

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