Les femmes, qui ont trop souvent eu à confronter des antiféministes, sont en plus victimes d’homophobie lorsqu’elles sont queer et, par-dessus tout, quand elles ne sont pas blanches. Un triple combat les attend. Et il faut être faite forte pour passer outre ces outrages et réaliser, souvent, l’impossible. Murielle Bien-Aimé est une femme de cette trempe qui, à son âge, même pas la quarantaine, n’a plus de preuves à donner à quiconque. Elle s’est taillé sa place en haut de l’échelle grâce à son intelligence, certes, mais couplée à la détermination et au travail. Aujourd’hui, elle dirige fièrement La Maison Komandō (LMK), qui est déjà un label de qualité et de nouveauté dans le domaine du sous-vêtement féminin.
Le chemin de Murielle, née à New York de parents haïtiens immigrés, commence en 1986. Elle est élevée par sa mère, à ce moment-là divorcée, qui s’installe à Montréal avec sa fille en 1990. C’est à Montréal que Murielle grandit, dans un environnement marqué par la diversité, les contrastes et les défis, mais aussi par une grande richesse humaine et culturelle.
« Ma mère a toujours travaillé dans le milieu hospitalier, raconte Murielle. » Issue d’un milieu haïtien traditionnel, elle grandit dans un cadre structurant où certaines réalités sont difficiles à nommer. Murielle fait son coming out durant son adolescence, une étape importante de son parcours personnel. Sans être du genre à étaler sa vie privée, elle n’a jamais souhaité vivre dans le non-dit. « En affaires surtout, je laisse les autres se poser des questions et, si l’on me demande, je réponds la vérité, c’est tout. » Elle se définit aujourd’hui comme queer et vit en couple avec sa partenaire depuis plusieurs années.
Très jeune, elle est attirée par les arts et se définit encore aujourd’hui comme une artiste, ou plus justement comme une artiste-entrepreneure. Elle fréquente une école d’arts et passe notamment par la musique, qu’elle considère comme la base de toute création. « Pour moi, la musique et les mots sont à l’origine de tout.»
Sa première expérience entrepreneuriale prend la forme du tutorat. Murielle fonde une petite entreprise de cours privés destinée à des élèves du secondaire rencontrant des difficultés scolaires. Souvent, il s’agissait de jeunes brillants qui n’avaient pas toujours le soutien nécessaire pour se développer pleinement. Cette expérience la marque durablement.
Son parcours professionnel est atypique. Elle évolue un temps dans un environnement corporatif tout en travaillant également dans l’immobilier. La vie impose des choix et, à certains moments, elle met de côté la musique et l’écriture. « Ce n’était plus ma priorité à ce moment-là », dit-elle.
La pandémie devient un point de bascule. Murielle perd son emploi corporatif, celui qui payait les factures mais dans lequel elle ne se reconnaissait plus. Elle se tourne alors vers la livraison, une expérience exigeante qui lui apporte une nouvelle perspective sur son cheminement entrepreneurial. C’est durant cette période que La Maison Komandō commence réellement à prendre forme.
« En tant que femme, explique-t-elle, le marché ne nous offre pas des sous-vêtements vraiment confortables. Les hommes ont beaucoup de choix souvent basés sur le confort, nous non. C’est toujours la même lingerie. J’ai donc décidé de créer une alternative de qualité aux sous-vêtements traditionnels pour femmes.»
Après un cours en gestion d’entreprise et un cours en couture afin de se familiariser avec les technique et tissus, son premier produit entre sur le marché. À la mise en marché de LMK, Murielle remporte le prix d’Entrepreneure noire émergente à l’échelle canadienne, décerné par RBC et Futurpreneur.
Les sous-vêtements appelés ‘’Foxerz’’, sont aujourd’hui portés par plusieurs joueuses professionnelles canadiennes de hockey. Pour financer les premières années de l’entreprise, Murielle se lance le défi de n’utiliser que ses pratiques artistiques (photographie, écriture, illustration, design, et autres services créatifs) afin de soutenir la phase pré-marché, jusqu’au moment où elle décidera d’aller chercher du financement externe.
La marque est également distribuée chez Mala Montréal, une boutique vintage située sur le boulevard Saint-Laurent, reconnue pour desservir principalement une clientèle taille plus. Il s’agit du partenaire et point de vente exclusif pour les tailles au-dessus de XL, tandis que le reste de la collection est disponible en ligne, via la boutique en ligne de La Maison Komandō.
La Maison Komandō gagne en visibilité et participe à des événements caritatifs, notamment avec la Fondation Jennifer Maturin (ancienne joueuse et entraîneuse professionnelle de basketball) et la Fondation Laura Stacey. « J’ai toujours pensé que le jour où je pourrais redonner confiance et liberté à d’autres, je m’impliquerais sans hésiter », explique Murielle.
Pour Murielle, le temps semble arrivé pour une croissance assurée. À quoi attribue-t-elle cette réussite ? « Il y a plusieurs facteurs. D’abord, ma personnalité, très déterminée et infatigable. Ensuite, le fait que mon côté artistique peut pleinement s’épanouir dans la création de la boutique en ligne. Enfin, le soutien d’une partenaire qui est elle-même chef d’entreprise et qui comprend parfaitement ma démarche. »
Ce qui frappe lorsqu’on parle avec Murielle, c’est cette conviction calme qu’elle projette : les choses arrivent toujours à point lorsqu’on avance avec intention. En cela, le mot Komando est excellemment bien choisi pour son entreprise.