Michelle Blanc a souvent été écorchée — pour ne pas dire davantage — par les médias et par ses adversaires. Première femme trans à rendre publique sa transition au début des années 2000, candidate du Parti québécois aux élections de 2018 dans Mercier (Plateau-Mont-Royal), omniprésente dans les médias à titre de spécialiste du Web, elle sait mieux que quiconque ce que la transphobie et l’homophobie peuvent nourrir dans notre société : la haine. Elle y a goûté, injustement. Dès son passage à Tout le monde en parle en 2008, les attaques sur son genre se sont multipliées. Pourtant, elle ne nourrit aucun esprit de vengeance. Au contraire, elle souhaite convaincre — même les imbéciles, dit-elle avec un sourire.
Ce qu’il faut avant tout retenir du parcours de Michelle Blanc, c’est qu’elle compte parmi les meilleures expertes des technologies du Web au Québec. Femme d’affaires, conférencière et blogueuse, elle est titulaire d’une maîtrise en sciences et commerce électronique de l’Université de Montréal. Elle a mené des mandats d’analyse, de stratégie et de marketing numérique pour de nombreuses entreprises, allant des PME aux grands conglomérats.
Autrice ou coautrice d’une demi-douzaine d’ouvrages liés à son domaine d’expertise, Michelle a reçu de nombreux prix et reconnaissances publiques, répertoriés notamment sur Wikipédia. En 2009, le magazine Châtelaine la nomme parmi les 100 femmes les plus marquantes au Québec. À titre de conférencière, elle amorce son parcours au Council on e-Business Innovation du Conference Board of Canada, avant de multiplier les conférences, principalement au Québec. Elle a également été chroniqueuse au Canal Argent de TVA, puis à l’émission Le Lab, diffusée à VOX.
Née le 1er janvier 1961 à Sainte-Foy, Michelle grandit dans une famille recomposée où elle dit n’avoir jamais trouvé l’affection attendue.
« Je n’aime pas parler de ma famille, explique-t-elle. À toutes fins pratiques, lors de ma transition, les liens se sont rompus. Dès que j’ai terminé mon DEC au Collège militaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, je suis partie en Californie pour quelques mois. C’était l’époque où la Californie représentait encore le lieu de tous les possibles. »
De retour au pays, elle complète un baccalauréat à l’Université Laval. Des années plus tard, elle obtient sa maîtrise à l’Université de Montréal. Aujourd’hui, en plus de ses mandats professionnels, elle enseigne également aux HEC Montréal.
En 2018, Michelle Blanc est candidate du Parti québécois dans la circonscription de Mercier.
« Cette expérience, je l’ai personnellement payée très cher », confie-t-elle. Candidate vedette, elle se lance en politique principalement pour doter le Québec d’un véritable plan numérique. Elle doit toutefois affronter une violente cabale anti-trans. Non élue, elle subit également une chute marquée de sa clientèle à la suite de la campagne électorale.
« Il m’a fallu deux ans pour rebâtir ma clientèle, ajoute-t-elle. Mais ce qui demeure enrageant, c’est que le Québec n’a toujours pas de véritable plan numérique à ce jour. »
Mariée au début des années 2000, Michelle a été accompagnée par sa conjointe tout au long de sa transition.
Elles sont toujours ensemble aujourd’hui.
« Ma conjointe a été mon plus fidèle soutien dans un processus extrêmement difficile, même dans une société que l’on dit avancée et tolérante comme le Québec. Je subis encore régulièrement des quolibets et des rejets. Heureusement, sur le plan professionnel, mes compétences finissent toujours par l’emporter sur la transphobie. »
Son bureau lui ressemble : aucun espace libre, des livres et des revues partout, une impression d’effervescence permanente, comme si elle lisait dix ouvrages à la fois. Michelle travaille actuellement à l’édition d’un nouveau livre. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle dirait à un jeune homme souhaitant changer de sexe, elle répond sans détour :
« C’est un pensez-y-bien. Le processus de transition est long et difficile. Il faut absolument être entouré d’au moins une personne très proche. Mais au fond, ce n’est pas si différent que de se lancer en affaires : il faut prendre une décision, cesser d’hésiter, foncer, faire preuve de résilience et avoir une grande force de caractère. »
Dans la biographie que Jacques Lanctôt lui consacre en 2012 — Michelle Blanc, un genre à part —, on retrouve ce souffle constamment tourné vers l’avenir qui émane de sa personnalité. J’associe volontiers Michelle Blanc à la cybernétique, cette science des communications et de la régulation entre l’être vivant et la machine.