Biographies inspirantes

MAXIME ET PHILIPPE : LE BONHEUR EST DANS LE PRÉ

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Maxime Dion et Philippe Benoit forment un couple depuis plus de quinze ans. Mais leur union ne se limite pas à leur vie personnelle : ils sont aussi copropriétaires de la Ferme La Bourrasque, à Saint-Nazaire-d’Acton, entre Sainte-Hyacinthe et Drummondville. Les rencontrer sur leur terre est à la fois rafraîchissant et saisissant. On sent immédiatement qu’entre ces deux hommes existe un double lien indissociable : leur amour l’un pour l’autre et leur amour de la terre.

Nés tous deux en 1986, Maxime est un pur citadin, tandis que Philippe est un véritable fils d’agriculteur. À première vue, rien ne semblait les destiner à se rencontrer. Et pourtant… il aura suffi de la grève étudiante de 2012 pour que leurs chemins se croisent, se rejoignent et se lient pour de bon.

« Au moment de la grève, raconte Maxime, j’étudiais en art dramatique à l’UQAM et Philippe en sociologie, à la même université. Nous nous connaissions déjà depuis 2010. En 2011, nous nous sommes mariés et, pour notre voyage de noces, nous sommes partis sur le pouce en Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve et au Labrador, où nous avons travaillé dans des fermes en échange du gîte et du couvert. »

C’est durant ce périple, alors qu’ils découvraient un même attrait pour le travail de la terre, que l’idée de se lancer en agriculture a germé. Philippe se souvient encore du moment où il a lancé à Maxime, les yeux brillants :
« Ça te tenterait de démarrer une ferme ? Mes parents ont de la terre, ils nous en donneraient certainement pour qu’on lance notre propre entreprise. »
Le projet était né. Ils seraient producteurs maraîchers — et biologiques, s’il vous plaît.

Leur installation à la campagne débute modestement : l’achat d’une vieille roulotte, installée sur un lopin de terre près de la maison familiale de Philippe.
« Mes parents avaient cessé la production laitière, explique Philippe. En 2012, nous sommes allés voir un fermier voisin qui faisait du maraîchage depuis une vingtaine d’années. Il nous a vendu une petite serre pour commencer la production. Très vite, nous avons attrapé la piqûre et décidé de nous lancer pour vrai. »

Deux hommes gais qui se lancent en agriculture maraîchère, ce n’est pas banal. On pourrait s’attendre à des réflexions ou à des discriminations, le monde rural étant souvent perçu comme moins ouvert aux orientations sexuelles hors normes. Pourtant, l’expérience de Maxime et Philippe déjoue ces clichés.
« Pas du tout, assurent-ils. Nous n’avons jamais vécu de situations d’homophobie, ni dans notre environnement ni dans notre travail. »
Leurs familles respectives avaient d’ailleurs très bien accueilli leur coming out.

Dans un contexte de pénurie de relève agricole, deux jeunes qui choisissent de s’installer en agriculture sont plutôt bien vus. Les parents de Philippe deviennent rapidement leurs premiers soutiens — et même leurs premiers employés… bénévoles. Dès 2015, l’entreprise prend de l’expansion : ajout de serres, construction du bâtiment central et de l’habitation, diversification des marchés. La Bourrasque devient un nom, une signature, un gage de qualité.
Pour assurer un minimum de revenus au début, alors que les investissements sont importants, Maxime et Philippe font aussi un peu d’élevage de volailles et de porcs.

L’originalité de leur modèle d’affaires repose sur la vente de paniers de légumes biologiques, livrés aujourd’hui à près de 300 familles par semaine, été comme hiver.
« Je me suis davantage occupé du marketing, précise Maxime. Nous préparons maintenant environ 300 paniers chaque semaine, avec des points de distribution en Montérégie et à Montréal. »

En haute saison estivale, l’entreprise emploie entre 40 et 60 personnes pour la récolte et la préparation des paniers. Les serres occupent aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de pieds carrés. La majorité des employés sont des travailleurs saisonniers guatémaltèques, logés à proximité de la ferme.
« Avec les changements que le gouvernement du Québec envisage en matière d’immigration, nous ne savons pas encore comment les choses se dérouleront l’an prochain », confient-ils avec inquiétude.

En embrassant du regard les terres que ces deux amoureux cultivent avec tant de soin — la Montérégie et une partie du Centre-du-Québec comptant parmi les meilleures terres agricoles du Québec —, on ressent un puissant sentiment de liberté. Terre fertile, exploitation respectueuse de la biodiversité, employeurs attentionnés : voilà le véritable portrait de La Bourrasque.

On constate souvent que lorsqu’un couple solide dirige une entreprise familiale, les résultats peuvent être remarquables. À la question : quel est le moteur de votre réussite?, la réponse fuse, immédiate et simultanée : « Notre amour. »
Aucun des deux n’aurait entrepris cette aventure en solo. Exploiter une ferme est un travail de tous les instants. « À deux, dit Maxime, on se soutient mieux, on s’encourage et on va plus loin. »
Cofondateurs de ¨Fierté agricole¨ il y a quelques années, Maxime et Philippe estiment essentiel de pouvoir vivre ouvertement, sans craindre le regard des autres.

« Nous avons une responsabilité collective en tant que membres de la communauté LGBTQ+, affirme Philippe. En montrant qu’il n’y a pas d’obstacles insurmontables, en vivant tels que nous sommes, nous protégeons nos droits acquis. Au Québec, les luttes de la communauté ont mené à des avancées législatives majeures. Et dans le contexte actuel, notamment au sud de la frontière, il faut rester vigilants. »

Maxime et Philippe forment un couple qui respire le bonheur. Ils peuvent aussi se réjouir d’avoir bâti une entreprise prospère, profondément enracinée dans la terre… et dans l’amour.

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