Louise dirige aujourd’hui l’APICA (Association des professionnels industriels et commerçants d’Aylmer), et ce depuis cinq ans. Mais revenons en arrière pour retracer un parcours qui débute en Abitibi et se poursuit dans l’Outaouais. Fille adoptée, née il y a 56 ans à Rouyn-Noranda, elle décrit une enfance heureuse, au sein d’une famille comptant aussi un frère, lui aussi adopté.
« J’ai su très jeune que j’étais adoptée, raconte-t-elle, et à l’époque, cela ne m’a pas du tout affectée. »
Déjà au cégep, puis à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, où elle étudie en sciences humaines, Louise s’implique activement dans diverses activités de groupe, notamment à la radio communautaire.
À l’âge adulte, elle ressent toutefois le besoin de quitter sa région natale pour explorer de nouveaux horizons. Direction Gatineau.
« Quand j’ai pris conscience de mon orientation sexuelle et que j’en ai parlé à mes parents et à mes amis, il n’y a pas eu d’hostilité, mais une certaine gêne s’est installée. J’ai alors décidé de partir. À l’époque, je travaillais pour une station de radio en Abitibi, mais je venais aussi de découvrir Internet, qui était alors une véritable révolution technologique. Ça m’a complètement fascinée. »
Installée à Aylmer, elle fonde sa propre entreprise d’hébergement de sites web. En un an à peine, elle passe d’une centaine de clients à… 3 500.
« J’avais trouvé un excellent partenaire financier, explique-t-elle. Et l’écriture de mes chroniques radiophoniques me donnait accès à une connexion Internet illimitée, ce qui était un énorme avantage à l’époque. »
Après avoir travaillé sur divers projets — dont un journal d’affaires et la distribution d’une solution anti-spam — Louise traverse une période particulièrement difficile, marquée par la mort tragique de son frère.
« Ça a été un moment très éprouvant de ma vie. Nous étions extrêmement proches. »
Ce sont ses partenaires de vie — ses deux colocataires de longue date et sa conjointe — qui l’aident à traverser cette quasi-dépression. Son mode de vie est d’ailleurs atypique : elle ne vit pas avec sa conjointe, depuis maintenant 13 ans, mais partage une maison avec des amies.
« Nous sommes très liées, confie-t-elle. C’est une chance immense de pouvoir partager ainsi nos vies. »
Parallèlement, lorsque la loi change au début des années 2000 au Québec, Louise entreprend les démarches pour retrouver ses parents biologiques.
« J’ai réussi à retrouver ma mère. Mon père, lui, était déjà décédé. Disons que ça ne s’est pas très bien passé, mais c’était une étape nécessaire pour moi. »
À la suite de ces épreuves, Louise se réoriente vers le milieu communautaire et les organismes à but non lucratif. Elle organise également des voyages de groupe, au Québec comme à l’étranger, ayant aussi obtenu son accréditation d’agente de voyage. Elle rejoint d’abord le conseil d’administration de l’APICA après avoir complété un programme court en promotion événementielle. Fondée dans les années 1980, l’APICA fonctionne un peu comme une mini chambre de commerce et regroupe entre 150 et 180 membres selon les années. Louise en devient directrice générale il y a cinq ans.
« Mon rôle consiste à ouvrir des portes et à coordonner des équipes de mentors pour soutenir des entrepreneurs en difficulté. Par exemple, aider quelqu’un dont l’électricité a été coupée par Hydro. Ce sont des problèmes qui peuvent sembler banals, mais qui peuvent mener à la fermeture d’une entreprise lorsqu’il s’agit d’un enjeu temporaire de liquidités. Il y a aussi le travail plus traditionnel d’une chambre de commerce. C’est un rôle très multidisciplinaire. Je travaille avec des ressources rémunérées, mais je n’ai pas d’employés à gérer. »
Engagée dans sa communauté locale, Louise l’est tout autant au sein de la communauté LGBTQ+.
« Je n’ai pas vraiment vécu d’homophobie dans ma vie professionnelle, même si je m’identifie ouvertement comme lesbienne. Ce qui m’attriste le plus, c’est la solitude qui s’installe après 50 ans, une solitude encore plus marquée dans la communauté LGBTQ+. En Outaouais, la communauté est active, mais il manque d’activités sociales. »
Qu’à cela ne tienne : la “mère protectrice d’Aylmer”, comme on pourrait la surnommer, s’est lancée avec d’autres dans l’organisation d’événements sociaux adaptés à cette tranche d’âge. On la retrouve ainsi derrière des activités culturelles et des voyages, comme récemment une croisière en Norvège.
« J’ai le projet de créer prochainement un nouvel organisme dédié aux activités sociales, comme des bals, pour les personnes plus âgées. »
Louise Rousseau possède une empathie palpable, qui transparaît tant dans ses engagements professionnels que personnels.
« On se rend compte, ces temps-ci, qu’aucun droit n’est jamais acquis pour l’éternité. La vague transphobe et homophobe qui nous vient du Sud, il faut l’empêcher de s’installer ici. Il faut dialoguer avec nos adversaires, tenter de les convaincre que nos vies nous appartiennent. Prendre soin des minorités, c’est un devoir pour moi. »
Traverser une portion de la vie de Louise Rousseau ne peut laisser indifférent. Et c’est peut-être là, justement, la marque la plus éloquente de son empathie.