« Ce n’est qu'après 25 années d'expérience dans la comptabilité et 5 ans de préparation à la fiscalité qu’en janvier 2024, raconte Jack, j’ai officiellement constitué l’OBNL en Économie Sociale.» Fidèle à son modèle d'affaires et basé sur l'économie solidaire, l’organisme offre également des parcours d'éducation payants ou gratuits, ces derniers étant réservés exclusivement à la communauté 2ELGBTQ+ sous-représentée en vue d'augmenter les capacités et les connaissances en gestion économique, autant pour les individus que pour les OBNL.
« Le chemin a été long et nous ne sommes pas sortis du bois en tant qu'entreprise sociale à but non lucratif en démarrage, mais aujourd’hui je puis dire qu'il existe enfin une initiative qui vise le bien-être économique holistique des membres de la communauté fragilisés par les barrières systémiques.»
Le chemin de Jack est une suite de recommencements ! Iel est né en Colombie-Britannique dans les années 70, de parents québécois bourlingueurs. Passage en Californie, retour au Canada pour, finalement, aboutir au Québec, à Montréal, à l’âge de 19 ans. Avant d’en arriver là, Jack a passé de durs moments en vivant dans la rue et exerçant tous les petits métiers qu’iel pouvait trouver. Ce n'est que par un programme d'entrepreneuriat à l'âge de 28 ans que Jack a découvert qu’iel pouvait modeler sa carrière à ses besoins et qu’iel a pu sortir de la rue.
« Très jeune j’ai ressenti que j’étais différent; pas à l’aise dans mon corps ni dans mon orientation. En 1983, à l'âge de 10 ans, j’ai dit à ma mère que quand je serais grand j’allais devenir un garçon, et à l'âge de 14 ans, elle a trouvé des livres sur l’homosexualité sous mon lit! Maintenant je suis fièrement trans et bisexuelle, ce qui engendre de la discrimination, mais c’est dû à cette discrimination que ma volonté de créer des ressources pour la communauté prend ses forces. Du droit au logement, acceptation de la famille à l'accès au marché de l’emploi, sans ces barrières, CCBI / ICRC n’existerait pas.»
« À mon arrivée à Montréal, dit-iel, j’ai travaillé dans un café végétarien sur la rue Saint-Laurent. Ils rencontraient des difficultés de comptabilité et ont dû fermer parce qu'au fond, personne ne savait comment s’occuper de la gestion. » Les circonstances de sa vie personnelle devaient lui donner l’opportunité d’acquérir, ensuite par la formation et le biais d’un cabinet de CPA, une plus grande familiarité et une expertise en la matière.
Quand Jack a eu ses deux enfants, son statut d’entrepreneur lui a donné la flexibilité de rester proche de ses jeunes enfants en choisissant ses horaires de travail et en travaillant à partir de la maison. Iel a commencé à offrir ses services en comptabilité aux OBNL en 2007. « Ma mère étant comptable, j’ai pu bénéficier de ses conseils et à partir de ce moment, je me suis intéressé à la comptabilité. »
Ce n’est que plus tard, en 2015, alors que ses enfants sont adolescents, iel décide également de commencer sa transition de genre. « C’est là que mon intérêt pour la fiscalité est né, quand j’ai moi-même eu des difficultés avec mes impôts pendant 8 ans suite à ma transition. » Mais la compréhension de sa famille devenait plus difficile. « Au début, les enfants l’ont bien pris, mais avec le temps et les jugements sociaux, ça devenait plus difficile. Aujourd'hui ma fille est l’une de mes plus grandes fans, elle est fière de ce que j’accomplis et de qui je suis, tandis qu’avec mon fils ça va prendre encore un peu plus de temps. »
Du genre « self-made - person ». L’on peut deviner qu'il y avait en iel une volonté de ne pas sombrer et de tenir à son objectif. Iel a vraiment forgé son entreprise tout comme son identité à force de volonté, mais ajoute-t-iel : « Je ne l’ai pas fait seule! Il faut bien penser à construire notre réseau, s’entourer de partenaires qui comprennent notre réalité ou qui sont ouverts à en apprendre davantage et avec qui on se sent bien et sur qui on peut compter, car seul on risque fort de perdre pied. Et cela vaut pour la vie privée comme pour la vie professionnelle.»