Biographies inspirantes

ERIK BISSON, ANCRÉ DANS SA COMMUNAUTÉ

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Figure incontournable de l’action communautaire LGBTQ dans l’Outaouais depuis près de 30 ans, Erik Bisson incarne l’engagement et la persévérance. En parallèle de ce parcours militant, il a également su se tailler une place comme entrepreneur. Pour en arriver là, Erik n’a jamais cessé de s’impliquer dans son milieu, de se battre pour l’inclusion et la diversité, ni de vouloir aller toujours plus loin dans le soutien aux autres.

Profondément engagé au sein de Jeunesse Idem, il y a d’abord œuvré comme bénévole, puis comme coordonnateur, avant d’en devenir le directeur il y a maintenant dix ans. Son implication s’est aussi manifestée au BRAS Outaouais ainsi qu’au ROJAQ (Regroupement des organismes jeunesse LGBTQ), qu’il a présidé pendant huit ans. Actif dans l’organisation de la Fierté à Gatineau, de la Journée internationale contre l’homophobie, et de nombreuses autres initiatives de visibilité, Erik est aujourd’hui reconnu comme une voix importante de la communauté LGBTQ et maintient une présence constante dans les médias.

Né en 1976, Erik est issu d’une famille dont les parents se sont séparés peu après sa naissance. Il a ainsi grandi dans un contexte de garde partagée, une réalité encore peu répandue à l’époque. Son père était policier et sa mère travaillait dans le commerce et le service à la clientèle.
« Contrairement à ce que l’on entend souvent, explique-t-il, la séparation de mes parents ne m’a pas traumatisé. Ils sont demeurés proches et j’ai toujours pu compter sur leur amour. En fait, leur divorce m’a donné accès à une grande famille recomposée qui fait toujours partie de ma vie. » Il entretient également une relation très étroite avec sa sœur, légèrement plus âgée que lui.

Après ses études primaires dans son quartier, Erik fréquente l’école secondaire Nicolas-Gatineau, la plus grande de la région à l’époque, comptant près de 3 500 élèves. Il poursuit ensuite au CÉGEP en sciences humaines, profil histoire-géographie, avant d’entrer directement sur le marché du travail. C’est toutefois au secondaire qu’il est confronté à l’homophobie, particulièrement cruelle à cet âge, alors même qu’il n’avait pas encore pleinement défini son orientation sexuelle.

« J’ai fait mon coming out à 19 ans, raconte-t-il. Je vivais chez mon père, qui traversait alors des problèmes de santé. Nous discutions beaucoup. Un jour, voyant que je n’étais plus moi-même, il m’a simplement dit : Erik, je vais toujours t’aimer, peu importe qui tu es, parce que tu es mon fils. »
Alors que ce sont souvent les mères qui reçoivent ce type de confidences, c’est ici le père qui accueille son fils avec une ouverture et une bienveillance remarquables. Sa mère, quant à elle, aura besoin de plus de temps pour accepter la situation.

Quelques mois avant son coming out, alors qu’il fréquentait son premier petit ami, Erik découvre Jeunesse Idem et commence à s’y impliquer comme bénévole. Parallèlement, il travaille chez Village des Valeurs, une entreprise au sein de laquelle il gravit rapidement les échelons. Il avait auparavant occupé des postes en service à la clientèle chez Costco et McDonald’s. Jusqu’en 2002, il demeure chez Village des Valeurs, où il dirige une équipe d’environ 60 employés et participe à l’ouverture et à la mise en place de nouveaux magasins à travers le Canada.

« En 2002, explique-t-il, j’avais l’impression d’avoir atteint un plateau professionnel. C’est exactement à ce moment que Jeunesse Idem m’a appelé pour me proposer un poste d’intervenant social. J’ai accepté, et ce fut le début d’une longue histoire d’amour avec l’organisme que je dirige aujourd’hui. »
Grâce à ses multiples interventions auprès des jeunes LGBTQ, visant à les aider à s’affirmer et à s’épanouir pleinement, Jeunesse Idem est aujourd’hui une organisation très respectée dans la région, tant par les élus que par les services policiers. Malgré des budgets serrés, comme c’est le cas pour de nombreuses associations communautaires, l’organisme réussit à accomplir un travail remarquable grâce à l’engagement de ses bénévoles et à une gestion rigoureuse.

En 2008, Erik retourne à l’université tout en continuant de travailler afin d’obtenir un baccalauréat en travail social. « J’étais entièrement absorbé par mon travail et ma vie personnelle n’était pas aussi épanouie que je l’aurais souhaité », confie-t-il. La rencontre avec Patrick, son conjoint depuis maintenant huit ans, marque un tournant important.
À l’époque, Patrick travaillait comme technicien en éducation spécialisée dans les écoles et dans une résidence pour personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou la trisomie. En 2018-2019, il débute un emploi à temps partiel en service à la clientèle pour les entreprises d’une amie, comprenant une école de musique et une clinique de massothérapie.

Entre 2020 et 2023, plusieurs défis majeurs les forcent à revoir leurs priorités. La maladie frappe, et de 2021 à 2023, le couple choisit de consacrer du temps à prendre soin de soi et à recentrer ses projets. Patrick retourne alors travailler à temps plein à la boutique, tandis que la clinique élargit ses activités en intégrant une boutique de produits de beauté et d’idées cadeaux axées sur le bien-être. Après avoir traversé la pandémie et forte d’une longue expérience en gestion, leur amie leur propose de racheter l’entreprise.

Ainsi, en partenariat avec un troisième associé déjà massothérapeute à la clinique, Erik et Patrick deviennent copropriétaires. « En juillet 2024, mon conjoint et moi sommes officiellement devenus propriétaires de la clinique et de la boutique, explique Erik. Nous sommes actuellement en rénovation afin d’agrandir les services de massothérapie et d’esthétique, et nous avons baptisé l’entreprise Ô Si Naturel. »

Tous les produits offerts sont fabriqués localement, au Québec ou ailleurs au Canada, et l’entreprise participe à des marchés publics ainsi qu’à de grands événements. Une attention particulière est accordée aux entreprises dirigées par des femmes, des personnes issues des communautés autochtones et de la diversité 2SLGBTQIA+.

Aujourd’hui, Erik envisage tranquillement de préparer la relève à Jeunesse Idem, la croissance de la boutique et les ambitions de développement du couple nécessitant davantage de temps et d’énergie. « C’est un travail d’équipe. Nous voulons prioriser nos projets communs. Les défis, nous les avons toujours affrontés à deux. »
S’ils ont été la cible d’attaques homophobes sur les réseaux sociaux en raison de leur visibilité et de leur orientation sexuelle assumée, l’intervention rapide des autorités a permis de faire cesser ces agissements.

Militant communautaire, entrepreneur, gestionnaire et citoyen engagé, le parcours d’Erik Bisson suit un fil conducteur limpide : celui d’un homme profondément ancré dans sa communauté.

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