Biographies inspirantes

ERIC ST-JEAN, À LA POINTE DE SES CISEAUX

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La coiffure a longtemps été associée, à tort, à l’homosexualité. Cette légende urbaine, teintée d’homophobie, Éric St-Jean en a fait le point de départ d’une aventure entrepreneuriale remarquable. Bien au-delà de l’art de façonner les cheveux, son parcours incarne une vision globale du métier : choix rigoureux des produits, adaptation à la personnalité de chaque client et maîtrise des rouages d’une entreprise prospère. Aujourd’hui quadragénaire, Éric St-Jean se distingue par un esprit entrepreneurial affûté et une volonté de réussir sans compromis.

Né en 1982, il a toujours évolué à Laval et sur la Rive-Nord de Montréal. Issu d’une famille séparée très tôt, il passe son adolescence chez son père, actif dans l’immobilier, tandis que sa mère travaille dans le milieu hospitalier.

« J’ai grandi dans un milieu familial typique des années 90 : parents séparés, une autonomie acquise rapidement. Souvent pris entre les conflits parentaux, j’ai dû prendre mes propres décisions très jeune. Ma famille a toujours eu un certain esprit entrepreneurial », raconte-t-il.

C’est au cégep Montmorency, vers l’âge de 18 ans, qu’il fait son coming out auprès de sa famille.
« Comme pour beaucoup, certains membres l’ont mieux accueilli que d’autres. Quand je l’ai annoncé à mes parents, cela faisait déjà plusieurs années que je le savais, tout comme mes amis. »

À l’époque, il étudie en administration, mais se sent attiré par un univers plus créatif.
« J’évoluais entouré de gens intéressés par la musique, le textile et la couture. J’aimais les arts et le théâtre. »
Sur le conseil de sa mère, il change de voie et se tourne vers la coiffure.

Il débute comme apprenti, sans réellement savoir où cette carrière le mènera. Rapidement, il participe à des concours professionnels, notamment une compétition Wella, où il remporte une troisième place, puis le prestigieux concours Contessa, qui lui vaut en 2016 le titre de meilleur coiffeur du Québec.

« La coiffure, ce n’est pas seulement ce que l’on voit, explique-t-il. Il y a évidemment une dimension artistique, mais aussi une approche technique rigoureuse et des connaissances chimiques sur les produits. Un salon est une micro-entreprise à part entière. Avec l’influence des médias sociaux, qui accélèrent la diffusion des tendances mondiales, il faut constamment se renouveler. »

En 2011, Éric ouvre son premier salon, SACO, à Laval, avec des partenaires issus de l’industrie. Fort de plusieurs années d’expérience, il devient également éducateur pour la marque Kevin Murphy, ici comme à l’international.

« J’ai vécu un véritable tourbillon, dit-il en souriant. Défilés de mode, semaines de la mode à Miami, à Tallinn en Estonie, événements éducatifs partout en Amérique du Nord. »

Il est même nommé meilleur éducateur en coupe pour les Amériques par la marque.
Après cinq ans, l’aventure SACO prend fin. Peu de temps après, la pandémie frappe durement l’industrie.

« Cela m’a privé du style de vie que j’adorais, confie-t-il. C’est aussi à ce moment que ma relation de 14 ans avec mon mari s’est terminée : nos visions de la vie et du couple avaient fini par diverger. »

Il y a cinq ans, Éric fonde ARCANIC, une entreprise qui reflète pleinement sa vision personnelle, et l’implante à Sainte-Rose. Ancienne municipalité devenue quartier de Laval, Sainte-Rose a conservé son charme villageois, sa vie communautaire forte et ses commerces de proximité. Installé d’abord dans un ancien couvent de religieuses, le salon s’intègre parfaitement au décor.

L’an dernier, ARCANIC déménage dans un vaste local avec pignon sur rue, doté de cinq chaises et de deux salles d’esthétique. Éric peut désormais exercer son art sans limites. Il lance également sa propre gamme de produits capillaires, portant le même nom que son salon.

« Les arcanes évoquent des secrets mystérieux… comme la coiffure elle-même », explique-t-il.
Très impliqué dans la communauté lavalloise, Éric participe activement à la Chambre de commerce ainsi qu’à de nombreux événements organisés par l’Association des amis et citoyens de Sainte-Rose.
« Il est connu comme Barabbas dans la Passion », confie-t-on, sourire en coin, au terme de quelques conversations avec des résidents du quartier.

Aujourd’hui financièrement indépendant, épaulé par une administratrice qui lui permet de se consacrer à la création et au marketing, Éric vient même de lancer une revue mensuelle destinée à sa clientèle, ainsi qu’un programme d’abonnement offrant, tous les deux mois, des produits coiffants québécois et canadiens.
Interrogé sur les clés de la réussite, Éric St-Jean répond sans hésiter :
« Il faut être persévérant, faire preuve de résilience et s’entourer de personnes qui vous poussent à grandir. »
Il précise n’avoir jamais caché son orientation sexuelle et n’avoir que rarement été confronté à l’homophobie dans son milieu professionnel.

Aujourd’hui, Éric St-Jean poursuit son engagement entrepreneurial, partage son expertise avec la relève et continue de rayonner dans sa profession. Car avancer à la pointe des ciseaux exige recul, réflexion et une main experte — un art qu’il maîtrise désormais à la perfection.

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