Biographies inspirantes

CLAUDE BOUTIN, UN CŒUR QUI BAT.

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C’est un parcours de vie résolument éclectique qui se dévoile lorsqu’on échange avec Claude Boutin. Sa trajectoire professionnelle et personnelle, riche et diversifiée, semble au premier abord, dépourvue de fil conducteur. Pourtant, en y regardant de plus près, une constante s’impose : le désir profond de se mettre au service des autres, avec une attention presque missionnaire.

Né en 1969 à Sainte-Foy, au sein d’une famille d’artistes — un père sculpteur, une mère chanteuse et pianiste — Claude grandit dans un environnement aimant. « Choyé à la maison, se souvient-il, j’ai toutefois très tôt subi de l’intimidation à l’école, en raison de l’orientation sexuelle qu’on me prêtait, alors que moi-même je n’en savais rien. » À cela s’ajoute une épreuve de taille : à l’âge de sept ans, il contracte une méningococcie de type C, une maladie qui laisse des séquelles visibles. « Le milieu scolaire est dur. Les plus forts se croient glorieux en s’attaquant aux plus faibles. Cela a forgé chez moi un caractère renfermé, marqué par la peur. »

L’adolescence marque un tournant. En s’inscrivant dans une école professionnelle pour adultes en restauration culinaire, il découvre un environnement bienveillant, libéré des intimidations. Il s’y distingue par d’excellents résultats et retrouve la confiance d’être lui-même. Diplômé, il est engagé dans les cuisines du réputé chef Jean Soulard, au Hilton/Centre des Congrès de Québec. Ce qui devait être un stage de six semaines se transforme en une véritable carrière : du restaurant Paris-Brest au Groupe Resto Plaisirs, où il œuvre pendant douze ans, Claude gravit progressivement les échelons, passant de la cuisine au service, puis à la gestion. « Sous la direction de Jacques Gauthier, j’ai participé à l’ouverture de sept restaurants. » Il travaille également à l’Hôtel Plaza, toujours à Québec.

C’est à cette période qu’il entreprend son processus d’acceptation de son identité sexuelle. « Ma famille a bien accueilli mon ¨coming out¨, même si elle a été la dernière informée. Ce fut comme un poids qui quittait mes épaules. Cela m’a donné une confiance nouvelle, tant sur le plan personnel que professionnel. Je n’avais plus peur de rien. »

Puis survient un autre virage : la musique. Avec une mère musicienne, cet art n’a jamais été bien loin. Claude participe à un concours musical qu’il remporte en interprétant Streets of Philadelphia, la chanson emblématique du film du même nom. Cette victoire lui ouvre les portes de l’enseignement musical à l’école Prochant, où il avait lui-même étudié. Afin d’assurer un revenu suffisant, il continue parallèlement à travailler en restauration, partageant son temps entre Québec et Montréal.

C’est à cette époque qu’il rencontre son conjoint, qui l’encourage à quitter la restauration en raison de problèmes d’arthrose grandissants. Claude devient alors travailleur autonome en enseignement musical à Montréal. Toutefois, les revenus demeurent insuffisants, et une rupture amoureuse vient assombrir cette période déjà fragile.

En 2008, il choisit de se réinventer une fois de plus et s’installe au Saguenay. Il retourne en restauration au restaurant La Cuisine, où il restera dix ans. Parallèlement, depuis 2002, il occupe chaque été le poste de directeur artistique adjoint du Festival de la chanson de Saint-Ambroise, près d’Alma. « La pandémie a changé ma vie, explique-t-il. Je travaillais alors pour la Chambre de commerce et d’industrie du Saguenay, d’abord comme directeur artistique contractuel du Gala du mérite économique, puis j’ai accepté le poste de coordonnateur aux événements à temps plein. »

Un événement intime va cependant provoquer le plus profond des bouleversements. Son père, atteint de démence, décède en 2014 des suites d’une hémorragie cérébrale. Claude l’accompagne jusqu’à la fin. « Après sa mort, j’ai vécu une véritable illumination. J’ai décidé de devenir accompagnant en fin de vie. » Il suit une formation qu’il complète avec succès en 2021.

Depuis, Claude se consacre à l’apaisement, à l’écoute et à l’acceptation auprès des personnes en fin de vie. « C’est assez ironique, confie-t-il. En 2017, j’étais déjà célébrant autorisé de mariages. Ce sont les rencontres faites à cette occasion qui ont mené certaines personnes à me demander de les accompagner dans leurs derniers moments. »

Le parcours de Claude Boutin étonne et inspire. De la restauration à l’accompagnement en fin de vie, en passant par la musique et l’organisation d’événements, de Québec à Montréal puis au Saguenay, il a surtout démontré une constante préoccupation pour l’humain. Suivre son cœur, faire preuve de résilience et de combativité : voilà sa philosophie. L’enthousiasme qui l’anime encore, la profondeur de sa réflexion et l’importance qu’il accorde aux rituels de notre culture évoquent l’image d’un cœur qui bat, fort et sincèrement.

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