Biographies inspirantes

BÉATRICE ROBICHAUD, LA FORCE TRANQUILLE

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Panthera Dental est une entreprise manufacturière dentaire employant près de 200 personnes et opérant à l’échelle internationale. Fondée en 2012, elle est établie à Québec, notre capitale nationale. Béatrice Robichaud en est la cofondatrice et la vice-présidente aux affaires internationales. Avoir une entrevue avec cette femme de caractère, c’est un peu comme monter sur des montagnes russes : elle sait raconter, mettre en lumière les moments clés de sa vie et les inscrire dans le contexte plus large du monde qui l’entoure.

« J’ai eu la chance de naître dans une famille aimante où l’entrepreneuriat est inscrit dans l’ADN », dit-elle d’entrée de jeu. Née en 1982 d’un père technicien dentaire et d’une mère propriétaire d’une garderie, Béatrice a grandi avec deux frères, dont l’aîné est aujourd’hui son associé et président de l’entreprise. « C’est à 32 ans que j’ai fait mon coming-out et amorcé ma transition transgenre. J’ai bénéficié du soutien de toute ma famille, ce qui, il faut le dire, a grandement adouci ma transition sur le plan sociétal. »

Avant sa transition, elle menait une vie somme toute assez traditionnelle : mariée, mère de deux fils aujourd’hui âgés de 18 et 15 ans. « Lorsque, à 32 ans, j’ai pris la décision de changer de genre parce que je me sentais mal dans ma peau, je ne connaissais rien de la communauté LGBTQ+. J’ai tout appris sur le tas… jusqu’à devenir présidente du conseil d’administration de l’Alliance Arc-en-ciel. »

Le processus de coming-out, combiné à la séparation d’avec son épouse, a constitué une période particulièrement éprouvante, sur laquelle elle préfère ne pas s’attarder. « Il reste que notre séparation s’est finalement bien déroulée, explique-t-elle. Mon ex-épouse et moi avons annoncé ensemble ma transition aux enfants et, aujourd’hui encore, nous demeurons des parents unis. »

Très tôt, Béatrice a été exposée aux réalités de l’immigration. Sa famille s’est fortement impliquée, dans les années 1970, dans l’accueil de réfugiés laotiens, les boat people. Son père a pris sous son aile plusieurs d’entre eux, leur offrant du travail dans son laboratoire dentaire. « Ce contact avec des personnes issues d’autres cultures, qui avaient tout perdu lors de leur exil, m’a donné une ouverture d’esprit qui m’habite encore aujourd’hui », confie-t-elle.

Avant de se lancer en affaires, Béatrice œuvrait dans le milieu de la radio et de l’événementiel à Québec. « J’avais obtenu une attestation d’études collégiales en animation radio-télévision et je ne pouvais m’imaginer un avenir ailleurs que dans ce domaine. J’avais — et j’ai toujours — une grande facilité d’expression, d’où émane un certain charisme. »

Lorsque Panthera Dental voit le jour en 2012, Béatrice n’a pas encore entamé sa transition. L’entreprise débute modestement, dans un appartement et un garage. Sa croissance est fulgurante : en 13 ans, elle est passée à près de 200 employés, a ouvert un deuxième centre de fabrication au Luxembourg, en plus de celui de Québec, et vend aujourd’hui ses produits dans quelque 35 pays, avec plusieurs bureaux administratifs à l’étranger. C’est à Béatrice qu’incombe la responsabilité de faire fonctionner cette vaste machine et de négocier avec les clients. Mais que fabrique exactement Panthera Dental ?

L’entreprise se spécialise dans deux grandes lignes de produits. La première comprend des pièces de prothèses et de dentiers fabriquées par micro-usinage, avec une précision comparable à celle de l’horlogerie de luxe. La seconde repose sur l’utilisation d’imprimantes 3D industrielles pour produire des orthèses destinées au traitement de l’apnée du sommeil et du ronflement.

Pour annoncer sa transition à l’interne comme à l’externe, Béatrice a opté pour la simplicité. « J’ai envoyé un courriel à tout le monde pour annoncer le changement de mon adresse électronique, sans donner d’autres explications. Ce qui est exceptionnel, c’est que personne — absolument personne — ne m’a posé de questions. »

Au fil de la conversation, ses préoccupations pour la communauté LGBTQ+ reviennent souvent. « Il est vrai que notre communauté a fait d’énormes gains dans les années 1990 et 2000. Mais aujourd’hui, je sens monter un vent moins inclusif. Un exemple frappant : le gouvernement du Québec a nommé un Comité des sages sur l’identité de genre sans aucun représentant de la communauté LGBTQ+. » On sent chez Béatrice Robichaud une implication profonde dans les enjeux sociaux et politiques du Québec ; une citoyenne engagée et lucide.
Lorsqu’on lui demande quel conseil elle donnerait à une personne envisageant une transition aujourd’hui, elle répond sans hésiter : « Il est important d’avoir le soutien d’un ou d’une amie et de chercher de l’aide auprès d’un organisme communautaire. » Elle ajoute qu’il ne faut pas que toute la vie tourne uniquement autour de l’identité de genre. « Qu’il s’agisse d’un projet entrepreneurial ou artistique, il est crucial d’avoir d’autres passions, afin d’éviter l’épuisement et de garder une perspective équilibrée. »

Femme aux multiples facettes, Béatrice Robichaud n’hésite jamais à mettre les mains à la pâte. Elle avance avec assurance, telle une force tranquille, capable de transformer durablement tout ce qui se trouve sur son passage.

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