Crédit photo : Mathieu-Chevalier
Qui, sinon un homme de culture, aurait pu imaginer, au XXIe siècle, ouvrir un « Cabinet des Curiosités » à Montréal ? À la Renaissance italienne, ces cabinets servaient à élargir les connaissances de ceux qui les fréquentaient, à leur donner le goût des voyages, des sciences, de la nature et de la découverte de cultures différentes. Tout cela au travers d’artefacts surprenants. En 2023, dans la jeune quarantaine, Alexandre Escure innove totalement en lançant « le Cabinet de Curiosités Contemporain », une entreprise B2B, spécialisée dans la gestion de changement et la transformation organisationnelle des entreprises.
C’est à La Rochelle, en France, qu’il voit le jour en 1982. Son père travaille dans les Assurances et sera plus tard avocat spécialisé dans ce domaine tandis que sa mère, après avoir élevé Alexandre et son frère aîné, entamera des études d’architecture à 45 ans et sera diplômée de l’École Spéciale d’Architecture à 50 ans, ce qui fait la fierté de son fils. Jeune adulte, il entre à la Sorbonne en Histoire de l’Art puis réussit le concours d’admission de la prestigieuse École du Louvre pour arrêter celle-ci dès la fin de sa première année. « Il y avait là, dit-il un académisme et un manque d’ouverture trop lourd à porter pour moi. J’ai opté pour une école privée où j’ai acquis une formation en Marché de l’Art et en Gestion Culturelle ». Finalement, il obtiendra un MBA en Management International (Sup de Luxe), quelques années après.
« Très tôt, raconte-t-il, j’ai pris conscience que j’étais différent des autres garçons. En fait, je correspondais à beaucoup de stéréotypes sur les gays : j’étais proche de ma mère, j’avais beaucoup de copines, j’adorai Mylène Farmer ! » Son coming out, alors qu’il était à l’Université, a provoqué bien des paroles désobligeantes de la part de gens de son entourage, dont certains amis très proches à l’époque : « La représentation que la télévision faisait de l’homosexualité à l’époque - et parfois encore aujourd’hui - ne donnait pas l’image que je souhaitais renvoyer en tant que gay. Sans oublier, cette mention trop fréquente que l’on voit dans les médias : Untel a avoué son homosexualité. Or, on avoue un crime… Et j’ai vu dans leur regard que pour certaines personnes, dire que j’étais gay, c’était comme si subitement j’étais devenu un autre ! »
Suite à ses études, il accepte un emploi à l’Espace Art Contemporain de La Rochelle, un lieu qui dépendait de la Direction des Affaires Culturelles de la ville. Il s’agissait de collaborer avec les artistes visuels en résidence, d’organiser des expositions, des visites guidées, etc. Par la visite de classe d’élèves, il apprend la médiation culturelle auprès du jeune public et découvre les classes CLIS, avec des enfants « hors normes » comme les hyperactifs, et cela l’a marqué, note-t-il, en développant chez-lui une écoute plus fine des gens. Il retourne à Paris après deux ans et exerce des petits métiers avant de créer SCENARTS, une agence pour accompagner les artistes émergents en Arts Visuels et organiser des expositions - les Pop-Up Art ® -, un concept qu’il a créé à l’époque. Ce dernier consiste à mettre en place des expositions éphémères dans des institutions privées à Paris, non accessibles d’habitude au grand public. « C’était ma décision de retourner aux études, raconte-t-il, en cours du soir puisque j’ai continué à travailler en parallèle de mon MBA, ce qui a forgé mon ancrage dans le monde professionnel et international. C’est dans la promotion de ce MBA, que j’ai fait la connaissance d’une de mes meilleures amies, Émilie J. »
En 2012, va s’ouvrir une nouvelle page de son histoire. En effet, suite à la décision d’Émilie et de son compagnon de partir s’installer au Canada (Toronto), Alexandre débarque à Montréal en 2013. Cette installation ne sera pas encore définitive puisqu’il retournera en France, en 2020, pour revenir, définitivement, en 2022. À partir de 2013, le jeune homme œuvre dans le milieu des Arts de la Scène. Après avoir fait ses preuves auprès du chorégraphe Benoît Lachambre (Parbleux), il sera, pendant quatre ans, responsable des communications et des relations publiques à l’Agora de la danse. Dans ce milieu, il se fait ses premiers amis québécois et sort peu à peu du cercle des expats français. Il est aussi bénévole dans des organismes LGBTQ comme RÉZO ou la Fierté. Suite au début de la pandémie et afin de voir grandir, autrement qu’au travers d’une caméra, son neveu et sa nièce, Alexandre décide de retourner en France en juillet 2020. Mais son retour est difficile et il ne se sent plus à l’aise dans son pays natal. « L’évolution de la vie sociale et politique en France ne prenait pas la direction que j’aurais souhaité et le Québec pour ses valeurs et sa qualité de vie me manquaient. J’ai réalisé désormais que ma vie était à Montréal, et comme j’avais acquis la citoyenneté canadienne en 2020, j’ai plié bagage et suis reparti ! »
À son retour en janvier 2022, il se trouve rapidement un emploi de Directeur des communications et du marketing à l’Usine C. Il quitte cet emploi pour devenir consultant en communication culturelle très peu de temps après. C’est en 2023 qu’il créé sa propre entreprise : le Cabinet de Curiosités Contemporain (CCC). « Cela faisait deux ans que je réfléchissais à la chose, explique Alexandre. Je me suis bien préparé, avec un plan d’affaires et une stratégie de communications. Pour le CCC, la curiosité est une compétence maîtresse, à l’origine de nombreuses compétences clés (pensée critique, agilité, communication, cohérence, etc.) et se divise en deux catégories : la Curiosité des Savoirs, source d’innovation et de créativité ; et la Curiosité de l’Autre, source de Leadership et d’Inclusion. Nous offrons des Parcours ciblés, des ateliers, des conférences et des activités de Team Building. En parallèle du Cabinet de Curiosités Contemporain, Alexandre a créé la vitrine B2C de l’entreprise avec Curio-Cité : sous la forme d’une émission de radio dédiée à la curiosité sur CIBL 101,5 FM et sous la forme d’événements de réseautage : les Salons Curio-Cité, qui par leur nom, font écho aux "Salons" nés au XVIIe siècle - ces véritables incubateurs d'idées qui ont permis de diffuser l'esprit des Lumières avant de devenir des lieux de consécration artistique au XIXe siècle, à la seule différence d'être une interprétation contemporaine et surtout ouverte à tous.tes, afin de faire circuler la curiosité !
Lorsque l’on passe des moments avec Alexandre on sent, non seulement un homme d’une culture immense, mais aussi un être qui donne à la curiosité sa noblesse puisqu’au fonds, « être curieux » n’est pas péjoratif. C’est la recherche de nouvelles sources de connaissances et de liens profondément humains. Et Alexandre possède vraiment cette culture des curiosités.
« La curiosité, dit-il, n’est pas qu’une qualité innée. On a tout à gagner à la développer humainement, personnellement et professionnellement. »